Rechercher dans ce blog

mercredi 26 mars 2014

La discrète révolution économique de l'Andorre

L'Andorre poursuit sa politique de “normalisation” et devrait vivre une véritable révolution dans les semaines à venir : l'adoption par son Parlement de l'impôt sur le revenu et la frappe des premiers euros andorrans. Tenant à se débarrasser de son étiquette de «paradis fiscal», la principauté se lance aussi dans des projets de diversification économique.



Vu d'ici, l'Andorre, c'est simple. Un grand magasin pas cher entre la France et l'Espagne, là-haut dans la montagne, au fin fond de l'Ariège. Un coin sympa où le fumeur respire en payant 2,25 € ses blondes en promo. Où l'apéro est à l'unisson. Où l'on peut faire un peu de shopping et même skier en hiver. Seulement voilà…
Il s'avère que l'Andorre, c'est sans doute un peu plus que ça : l'histoire singulière d'une souveraineté multiséculaire, mais aussi un PIB de 2,5 milliards d'euros pour un peu plus de 76 000 habitants dans un pays pesant un milliard d'euros côté échanges commerciaux. Et quelque chose comme une parcelle de canton suisse au cœur des Pyrénées qui, depuis quelques années, aurait décidé de jouer la carte de l'Europe tout en rééquilibrant ses relations avec la France… sans oublier de diversifier son économie.
Avant ? «Il y a 30 ans, 70 % de nos produits en magasin étaient pensés en fonction de nos clients français. Puis l'Espagne a connu son «miracle» économique et décollé. Elle s'est découvert un pouvoir d'achat. Comme le débouché naturel de l'Andorre est traditionnellement plus au sud qu'au nord, nous avons alors orienté à 80 % nos produits vers les Espagnols mais aussi commis les mêmes erreurs avec l'immobilier tout en restant très renfermés sur nous-mêmes. Puis la crise est arrivée…» récapitule un Andorran.
Et d'un coup, l'Andorre s'est découverte vulnérable. Amortir le coup en exportant ses chômeurs comme elle avait l'habitude de le faire n'a pas suffi. Une fois les travailleurs portugais, français ou espagnols rentrés chez eux… quelques centaines d'Andorrans ont aussi découvert le chômage. Du jamais vu. 2008-2009, années d'autant plus mauvaises pour la principauté qu'elle figurait au surplus sur la liste grise des paradis fiscaux listés par l'OCDE.
Réagir ? Pragmatique, l'Andorre a alors entamé une véritable révolution, quasiment copernicienne au regard de son histoire. Pas d'avenir hors l'Europe : la principauté a donc décidé d'abandonner son statut d'oasis financier en harmonisant sa politique fiscale avec celle de ses voisins et, au-delà, de toute l'Union européenne.
Initié par la précédente majorité socialiste, mais lancé après les élections législatives de 2011 par le gouvernement centre droit d'Antoni Marti, un véritable régime fiscal euro-compatible a ainsi été progressivement mis en place dont la clé de voûte devrait être posée dans les prochaines semaines : l'impôt sur le revenu des personnes physiques (IRPP).
Un détail ? Tout le contraire, car qui dit IRPP dit aussi convention de non double imposition avec les voisins… Pour faire clair ? Si tu as un système fiscal similaire au mien, alors ton contribuable ne payera pas deux fois l'impôt. Ce qui permet à l'Andorran d'investir en France, en Espagne ou dans tout autre pays avec lequel il a signé ce type de convention mais aussi à l'investisseur de venir en Andorre et d'autant mieux qu'en 2012, la principauté a mis fin à sa plus grande exception culturelle : une économie 100 % andorrane puisqu'elle peut accueillir désormais des sociétés à capitaux 100 % étrangers. De l'argent qu'elle espère voir investi dans sa propre diversification économique en se revendiquant aussi au cœur de l'Europe, le symbole que porteront également ces premiers euros qu'elle frappera d'ici fin mai.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire